"Quand on aime il faut partir" - Blaise Cendrars
Allez ! Pour te changer les idées, je t'invite à bord d'un bus de N'Djamena.
Tu te tiens au bord de la route en attendant le prochain bus. Lorsqu'il arrivera, tu feras un signe et il s'arrêtera à ta hauteur pour que tu puisses monter. C'est un minibus, hors d'âge souvent, à la carcasse rapiécée et branlante, aux sièges essoufflés. Dans le bus sont déjà installés une femme avec un enfant, un militaire, un homme qui revient du marché avec quelques articles achetés peut-être dans le but de les revendre, une jeune fille qui rentre au quartier après une journée en ville, une dame qui sort du bureau… La plupart sont silencieux, certains discutent entre eux, l'un ou l'autre répond au téléphone et c'est rarement discret. Si par chance tu montes dans un bus vide, installe-toi à l'avant, à côté du chauffeur, ce sont les meilleures places. Mais même à l'arrière, rassure-toi, c'est vivable. Le ministre des transports a interdit, il y a quelques années, que l'on soit à quatre par banquette. Le maximum autorisé est maintenant trois. Mais du coup, le prix de la course a augmenté. 250 pour un aller de Farcha au Grand Marché de N'Djamena au lieu de 150 avant la réforme. Si ton bagage est trop volumineux pour tenir sur tes genoux ou entre les sièges, il sera monté sur le toit du vaisseau, et ficelé – ou pas. L'équipage du bus consiste ordinairement en un chauffeur et son aide. Ce dernier, généralement plus jeune, assis à l'arrière à côté de la porte passager, a pour tâche de surveiller le bord de la route et prévient le conducteur si quelqu'un fait signe pour monter. Il avertit également lorsque quelqu'un demande à descendre, et encaisse le prix de la course. C'est aussi parfois lui qui tend le bras par la portière pour indiquer aux autres usagers de la route un changement de direction – une sorte de clignotant, mais uniquement à droite, le virage à gauche, c'est le chauffeur qui s'en occupe. Les clignotants existent, mais on ne s'en sert pas toujours, notamment quand les feux arrière ne fonctionnent pas. C'est alors bien commode de passer le bras ou la main par la fenêtre.
Le bus démarre. Le voilà qui roule, et on peut dire qu'on sent bien la route. On sent bien le moteur aussi, parfois.
J'ai appris récemment que les bus ont des mœurs particulières. S'ils renversent quelqu'un, il s'arrangent pour finir le boulot, si je puis dire, car les frais d'hospitalisation seraient à leur charge, et pendant longtemps, alors qu'en cas de mort, l'ensemble de la communauté participe, et cela leur coûte beaucoup moins cher. Mieux leur vaut donc un mort qu'un blessé, et ils ont la marche arrière facile en cas d'accident. Mais ce sont probablement des bruits... En tout cas, il vaut mieux être dedans que dessous, ça c'est sûr.
Si le bus ne te plaît pas, ou s'il n'y en a pas, tu peux préférer le taxi. Une voiture jaune, de marque Peugeot en général, souvent dans le même état que les bus. Les taxis fonctionnent à peu près comme eux, d'ailleurs. Ils desservent un itinéraire précis et sont collectifs. Généralement un peu plus chers que le bus, il vaut mieux négocier le tarif avant de monter – surtout si tu es blanc, mais j'en reparlerai.
Si vraiment tu veux voyager d'un point à un autre sans avoir à marcher ni de changement et sans partager le véhicule, bref, si tu veux un taxi façon française, alors tu peux choisir le clando. Mais attends avant de te précipiter ! Le clando, c'est une moto, et ça conduit comme une moto dans N'Djamena. Et plus encore qu'avec le taxi, il faut bien négocier le prix de la course avant de monter dessus. Vérifie bien que le conducteur a un casque pour toi, à la fois par sécurité, mais aussi parce que c'est devenu obligatoire. Et comme tout ce qui est obligatoire à N'Djamena, on remarque davantage un blanc qui n'observe pas la loi. Pas de casque, pas de course. Enfin, après, tu fais ce que tu veux. D'ailleurs, l'ambassade recommande de ne pas prendre les clandos... Tu ne pourras pas dire que tu ne sais pas.
Voilà ! Quel que soit le moyen de transport choisi, ouvre bien les yeux, les oreilles et les narines. La circulation dans N'Djamena est pleine de surprises – et je parie que j'en reparlerai, et tu seras émerveillé-e de voir ton bus passer à un centimètre (et encore, un centimètre...) d'un 4x4 des Nations Unies (c'est très gros), ou ton clando frôler une charrette chargée de planches qui dépassent, et tu te diras – parce que tu es forcément croyant dans ces circonstances – qu'il y a un dieu pour les brigands.