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"Quand on aime il faut partir" - Blaise Cendrars

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15 octobre 2012

N'Djamena a chaud. Les pluies encore sporadiques, ce qui est rare pour la saison, continuent de grossir les eaux du Logone et du Chari, et les villages de l'autre côté du fleuve ont les murs dans l'eau. Le fleuve continue de monter en raison également des courants affluents. Désastre pour les cultures, désastre pour les habitants, qui dressent des murets de sacs remplis de terre ou de sable pour tenter de faire barrage. Certains se retrouvent sans domicile, quand leur habitation de potopoto a sombré.

Arrivé le 3 octobre à l'aéroport de N'Djamena, j'ai été accueilli par la Sœur Brigitte, directrice du CCU, accompagnée de Ferdinand, coordinateur de la bibliothèque universitaire du CCU de Sabangali, et par Tiphaine et Marie, également volontaires DCC, logées pour l'instant dans une concession de Sabangali, non loin du CCU. J'ai passé dans cette concession mes premières journées à N'Djamena, hébergé dans l'une des chambres.

Dès le deuxième jour, l'eau fut coupée, en même temps que nous subissions un délestage, c'est-à-dire une coupure d'électricité. Le courant revint vite, mais, en dépit du château d'eau qui permet à la concession d'avoir des réserves, nous vécûmes deux jours sans eau. Un gardien et sa famille vivent dans cette concession, qui appartient au diocèse, et héberge, outre les volontaires DCC, des résidents de passage, ainsi qu'un centre de retraite.

En découvrant N'Djamena, j'eus une impression de familiarité, probablement en écho aux souvenirs que j'ai conservés de mon séjour au Burkina Faso en 1999. Comment la décrire ? Autant Addis Abeba m'avait donné l'impression d'être environnée d'une végétation abondante et riche, autant l'arrivée sur N'Djamena offre un paysage désolé et désertique. Au sol, la ville est animée d'une activité incessante et d'une circulation dense et anarchique. S'il existe des règles, comme la priorité à l'entrant sur les ronds-points, elles ne semblent pas beaucoup préoccuper les conducteurs, notamment de deux roues, qui se faufilent tant qu'ils en ont la place. Parfois, des automobilistes avancent à un rythme d'escargot, sur une voie dégagée et sans raison apparente, tandis que d'autres vous arrivent dans le rétroviseur à grand renfort de klaxon pour vous inviter à serrer à droite afin de leur laisser le passage. Les bords des avenues et des rues accueillent une multitude d'échoppes et de petits commerces de tous types, parfois très modestes – deux ou trois bouteilles en plastiques remplies d'essence – ce qui génère une intense activité marchande, artisanale et piétonne.

Plusieurs personnes m'ont dit du Tchad qu'il s'agit d'un pays de contrastes, voire d'opposés, et certains aspects de N'Djamena confirment ce jugement. Des voies goudronnées desservent des quartiers dont les rues sont de simple terre, et défoncées en raison des pluies et des inondations de la saison passée, jonchées d'ordures et de flaques d'eaux sales. Le 4x4 est un véhicule ordinaire et justifié. Farcha, le quartier où j'habite désormais, excentré à l'ouest de N'Djamena sur les bords du Chari, connaît actuellement de grands changements car beaucoup de villas opulentes s'y construisent, tandis que la partie plus ancienne et villageoise, où je loge, est bâtie de maisons en potopoto, et ses rues de terre sont pauvres et mal entretenues.

Au quotidien, l'accueil est chaleureux, même si les tchadiens sont de prime abord plutôt discrets et réservés. Je me suis installé dans mon nouveau logement le 9 octobre, aidé par les résidents de Farcha et d'un résident de Sabangali, et dès le premier soir, l'un des résidents du CCU de Farcha m'a accompagné dans le quartier pour me présenter aux voisins. Partout, le premier contact a été amical et très vite, les jours suivants, j'ai pu échanger avec les habitants du quartier. Cela se fait progressivement. Dans la rue, il est vrai que, souvent, le premier abord est un peu distant, mais dès que les premières paroles ont été échangées, il devient facile de discuter et de passer du temps ensemble.

A propos de contrastes, je relèverai aussi ceux qu'il existe entre les expatriés, puisque le week-end passé a été l'occasion d'en rencontrer un certain nombre. Certains viennent ici avec l'intention explicite de s'enrichir, et vivent dans des conditions très avantageuses, car au salaire français s'ajoutent les primes d'expatriation et le décalage entre les niveaux de vie français et tchadiens. A l'opposé, notamment pour les volontaires, les indemnités suffisent tout juste à boucler le mois, et il faut tout calculer, car N'Djamena est une ville chère.

Dans le prolongement de cette dernière remarque, ce qui, peut-être, me frappe le plus pour l'instant, c'est l'omniprésence de cette préoccupation financière, de ce quotidien passé dans l'urgence parce que la vie coûte cher, que les revenus sont maigres et incertains. Tout cela génère une économie de survie à la fois fragile et permanente, et malgré cela, n'importe qui prendra le temps de s'asseoir et de parler avec vous, plutôt que de filer parce qu'une affaire urgente attend. Cela donne l'impression d'une activité constante et vitale, et pourtant cette nécessité reste subordonnée à quelque chose de plus important que la richesse : le partage. Dire cela quand on vient de France et qu'on est à l'abri du besoin peut paraître indécent, mais c'est ce qui ressort spontanément des conversations, et les voisins avec qui je discutais hier soir tenaient beaucoup au respect de cette exigence. Ils m'expliquaient par exemple, qu'ils servent à manger dans un plat unique pour tous, parce que quelqu'un peut arriver à l'improviste et il faut qu'il ait sa part du repas. Alors que si l'on servait chacun dans une assiette, il n'y aurait plus de part pour celui qui arriverait une fois tout le monde servi. L'entraide est fondamentale et constitutive du groupe – qu'il s'agisse du village traditionnel ou d'une communauté de fidèles – et celui qui vient en aide à une personne dans le besoin en retire une bénédiction, et sait que si la fortune s'inverse, quelqu'un sera là pour lui venir en aide. La vie est possible grâce à cette entraide.

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M
A développer dans nos contrées.....Le partage <br /> (même si ça existe déjà, notamment dans les communautés installées en France) <br /> Ravi de voir que tu te sens bien... :-)
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D
salut manu, content d'avoir de tes nouvelles. moi qui n'ai pas quitté la région parisienne depuis 2005 ... j'espère que tu vas rapidement t'habituer au climat et coutumes locales, afin de rentrer dans le vif du sujet, qui est ton travail de coordination culturelle. <br /> <br /> voici un poème récent pour t'accompagner :<br /> <br /> la moitié du visage envahie de verdure<br /> une belle solitude bleue se lit<br /> dans les cordages qui serpentent<br /> sur le pont des embarcations<br /> la belle solitude de celui qui part<br /> laissant s’abîmer le temps d’aujourd’hui<br /> laissant les fleurs de son pays<br /> la saison qui l’avait vu naître<br /> à la lueur des lampes orangées<br /> et les livres qui le conduisent à elles<br /> douces demeures de la main épargnée<br /> prière pour les esprits sanglants<br /> on lui reproche le suave rayon de son récit<br /> mais c’est avec tout l’âpre du désert<br /> qu’il témoignera dans les villages<br /> la nuit des enfants de dieu<br /> <br /> <br /> à+ <br /> denis
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E
Bravo pour les premiers contacts positives avec les gens de ton voisinage. Cela est très important! <br /> <br /> Bon courage....<br /> Elke
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T
Je pense qu on pourra reparler de cette histoire d'entraide, je ne suis pas d'accord complétement. En tous cas, ce n'est pas si rose, et pour beaucoup c'est un poids... Cela peut même contrer le développement...
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F
Cher Manu, <br /> Te lire est un plaisir. <br /> Ton regard est sensible et ta plume intelligente, et vice versa.<br /> Amitiés<br /> F.
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