"Quand on aime il faut partir" - Blaise Cendrars
La nuit tombant, la brousse que nous traversions prenait parfois des aspects mystérieux. La fumée des foyers allumés dans les villages alentours mêlée à l'expiration du sol après la chaleur de la journée, diffuse une sorte de brume qui nappe la végétation d'un voile diaphane. Les formes qui apparaissent au bord de la route se discernent difficilement. Il plane une atmosphère à la fois sereine et étrange que j'imagine propice aux récits d'apparitions énigmatiques et de présences inquiétantes.
Une fois la nuit établie, notre bus traversait des villages à bonne allure – la piste y est généralement meilleure – où la lumière des phares révélait fugitivement des assemblées aux devantures des bars ou à l'entrée des concessions, et des personnes rentrant chez elles, à pied ou à vélo.
La difficulté du voyage sur une piste, c'est que, outre l'inconfort, il est très difficile de savoir combien de kilomètres on a parcouru et combien il reste de temps avant la fin du calvaire. Nous arrivâmes finalement à Moïssala vers vingt heures, épuisés et soulagés. Le temps de descendre les bagages du toit du bus, d'attendre le cousin qui devait venir nous chercher et qui arriva assez rapidement, nous saluant avec effusion, et nous montions à l'arrière de deux clandos qui nous conduisirent jusqu'à la concession qui nous hébergerait pendant notre séjour.
Là, nous pûmes enfin poser nos sacs, nous étendre sur un vrai matelas, et nous restaurer. L'idée que j'avais émise dans le bus de fêter notre arrivée autour d'une Gala bien tapée nous parut alors requérir une énergie qui nous avait abandonnés, et je passai ma première nuit, réparatrice, à Moïssala.